Université d’automne de la Fédération de Paris : « Pour une autre mondialisation »

Fédération socialiste de Paris

L’Université d’Automne de la Fédération du PS de Paris s’est tenue le 18 octobre 2003

Ouverture par Pierre SHAPIRA adjoint au Maire de Paris

Le mouvement altermondialiste pose des questions essentielles sur l’orientation néolibérale de la mondialisation, sur la solidarité avec le Sud et sur bien d’autres enjeux. A ce titre, il suscite l’intérêt des jeunes et nombre de militants PS y sont présents. C’est donc naturellement que F Hollande a répondu favorablement lors du dernier Forum Social mondial à la demande d’organiser le deuxième forum Social européen à Paris où il se tiendra du 13 au 16 novembre prochain

Il est important que nous soyons nombreux à nous exprimer et présenter nos propositions au sein du Forum social européen de novembre et dans les divers FSLocaux. Le secrétariat national du PS participera à deux séminaires organisés durant cette semaine de novembre sur les relations partis politiques et mouvement social.

De son côté la mairie de Paris a apporté un appui logistique et financier considérable. L’Hôtel de Ville abritera le forum syndical de la CES où quelque 800 syndicalistes européens sont attendus ainsi que le Forum des Autorités Locales où 800 élus locaux plancheront sur la coopération décentralisée.

1ere Séance plénière : Mondialisation, régulation et démocratie

Claude Dargent introduisant le débat souligne qu’on ne peut être contre le principe de la mondialisation car elle une réalité. Le refus du protectionnisme est même un engagement ancien de notre parti. Jean Jaures s’était prononcé en son temps contre ceux qui critiquaient l’exportation des capitaux français vers la Russie.

En revanche nous devons questionner les formes prises par la mondialisation actuelle. En effet, si nous voulons qu’elle réponde aux intérêts des peuples et des pays les plus pauvres, il y a nécessité d’une régulation démocratique pour qu’elle soit plus équitable. Cette question centrale, nous allons en débattre avec l’aide de nos invités à cette table ronde

Louise Baudoin rappelle l’alerte donnée lors des discussions menées au sein de l’OCDE en vue de déboucher sur un accord multilatéral des investissements ( AMI). Le projet d’accord offrait la possibilité de recours abusifs des Firmes multinationales contre les législations nationales. Il motiva l’opposition du gouvernement Jospin qui déboucha sur le rapport confié à Catherine Lalumière concluant sur la nécessité de réguler les flux d’investissements étrangers.

On retrouve ce même déséquilibre dans le traité de l’Alena qui instaure une zone de libre échange entre le Canada, le Mexique et les Etats Unis : les droits des investisseurs étrangers sont supérieurs au droit national des Etats et des entreprises publiques. Il nous est impossible par exemple d’appliquer le principe de précaution contre un additif ajouté par la firme Exxon à ses carburants vendus au Canada sous peine de s’exposer à une forte demande d’indemnités pour distorsion à la concurrence.

Ce sont de telles dispositions que les Etats Unis veulent introduire dans les négociations à l’OMC.Au passage cela ne doit pas nous amener à nous réjouir si les négociations multilatérales ne reprennent après l’échec de Cancun. On voit bien qu’il en résulterait une montée de l’unilaléralisme prôné par les américains qui imposeraient plus facilement leurs vues aux petits pays de l’ Amérique Latine dans le cadre de la zone de libre échange des Amériques.

Face au marché nous avons besoin non pas d’un Etat faible mais d’un Etat fort. Nous souhaitons de même que le Mercosur qui se construit entre le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay soit un solide contrepoids au libre échangisme nord américain. C’est le message porté par plus de 50 000 manifestants au sommet des Amériques 200I au Quebec où 34 pays américains étaient présents. Il y est apparu clairement qu’on pouvait faire bouger les choses avec les citoyens qui entendent se réapproprier ce dossier de la mondialisation.

C’est une leçon semblable tirée par notre parti après avoir perdu les élections alors que notre bilan était positif en matière de créations d’emplois, avec des mesures en faveur de l’équité salariale et un système de santé représentant 40% du budget. En fait nous nous étions « débranchés » de nos concitoyens. C’est pourquoi il est important de réinventer un arrimage avec les mouvements sociaux.

Bernard Kouchner Nous devons reprendre un discours conquérant avec des propositions alors que la contestation l’emporte encore dans le mouvement altermondialiste. Faisons oeuvre de mémoire aussi, en rappelant que le parlement européen se prononçait sur une régulation des mouvements de capitaux il y a dix ans déjà. Comme ministre de Lionel Jospin c’est en appliquant le principe de précaution que j’ai encouragé les recherches pour fabriquer de l’insuline à partir du foie de porc. Aussi gardons nous des dérives contre les sources possibles de progrès comme l’illustre le débat actuel autour des OGM.

Soyons plus offensifs en tenant compte largement du mouvement social. Mais face au dilemme qui le traverse posons la question clé : veut-on gouverner ? Car c’est bien l’Europe des Quinze qui, avec les accords de Lomé, a favorisé un accès plus facile des produits de pays ACP sur nos marchés européens. Ce sont des Etats comme l’Afrique du Sud, l’Inde et le Brésil qui ont imposé à l’industrie pharmaceutique américaine la fabrication de médicaments génériques limités jusque là aux situations urgentes. C’est le Commissaire européen Lamy qui a fait pression sur les firmes européennes pour leur faire accepter l’achat de génériques par les pays du sud permettant ainsi un égal accès au traitement réservé jusque là aux malades du Nord. C’est le gouvernement Jospin qui a lancé la dynamique du fonds de solidarité thérapique international contre les grandes pandémies avec le fonds mondial contre le sida.

L’action publique peut donc faire bouger les choses comme le montre l’expérience tirée du Kosovo, où j’ai pu bousculer l’idéologie libérale de la Banque Mondiale et du FMI en inversant leurs priorités, à savoir assurer d’abord les salaires des instituteurs et des personnels hospitaliers pour faire tourner les écoles et les hôpitaux publics et répondre aux besoins de base avant de penser à leur privatisation. Ces deux instituions internationales ont accepté d’infléchir leur ligne et accepté ainsi de reconstruire des services publics de base parce que nous avons su refuser leur mot d’ordre de privatisation.

Alain Barreau La mondialisation est une donnée capitale à prendre en compte mais sa régulation est nécessaire. En effet les Firmes multinationales ne peuvent être les seuls acteurs de la mondialisation. Les Pouvoirs publics ont un rôle clé à jouer.

On voit bien la différence entre le projet d’accord de l’AMI organisant le face à face inégal entre les Etats et les Investisseurs privés et l’OMC où ce sont les Etats membres qui négocient avec un organisme de règlement des différents chargé d’applique le respect des règles négociées. Aussi soyons attentifs à tirer les leçons de l’échec de Cancun qui entame la crédibilité de l’OMC, mais aussi de l’apparition des pays émergents, un fait politique majeur, tout comme des progrès possibles comme l’accord sur la commercialisation des médicaments génériques trois semaines avant Cancun.

Les critiques de la société civile, c’est déjà bien. Il est important de ne pas renvoyer les mouvements sociaux dans les bras de l’extrême gauche. A nous de promouvoir un dialogue fort avec eux, où nous affirmons nos positions dans la lignée du discours de Lionel Jospin au Brésil. Portons jusqu’au bout nos convictions internationalistes en tenant compte des rapports de force dans le monde.

Dominique Wolton S’interroger sur les raisons des dérapages de certains éléments du mouvement alter mondialiste et les difficultés de communiquer, c’est comprendre qu’il est difficile de « penser » des réalités qui changent vite quand on n’a pas les points de repère nécessaires. Or ces derniers ne sont pas fournis par la vulgate en cours sur la mondialisation qui affirme que le développement économique entraîne inéluctablement la démocratie.

On sait que la culture est tout ce qui touche aux valeurs, aux mémoires et aux représentations. On peut comprendre dés lors pourquoi on ne négocie jamais sur les enjeux culturels. De ce point de vue on peut regretter que le mouvement alter mondialiste ne prenne pas en compte ces enjeux.

Il reste que l’émergence du mouvement alter mondaliste est un progrès car il affirme que la mondialisation loin d’être un déterminisme historique est essentiellement un « objet politique », c’est à dire un produit de l’action sur la société.

On est loin ainsi de l’utopie des années soixante sur le « village global » qui pensait que l’explosion des télécommunications, d’Internet aujourd’hui, amènerait les gens à mieux se comprendre. Or quarante ans après, tout le monde n’est pas encore équipé mais déjà on observe des « disjonctions » entre les émetteurs de communication et les récepteurs. On voit bien qu’il ne s’agit pas de problème de tuyau mais de contenus. Il nous faut donc changer de paradigme.

L’enjeu politique fondamental du 21ème siècle est de savoir gérer une cohabitation culturelle entre gens qui sont en désaccord, de comprendre « l’incommunication ». Nous devons nous interroger sur une conviction courante consistant à croire que la monde va adhérer à nos valeurs. En fait, on ne voit pas bien ce que nous aurons gagné quand tout le monde saura tout et verra tout. On peut parler en revanche de vrai progrès dans la communication quand loin d’être un instrument de domination elle est un vecteur d’émancipation. C’est le sens de la nouvelle bataille qui va se reposer autour du statut des industries culturelles. Elle sera plus dure à mener car elles sont source de plus grandes inégalités qu’il y a vingt ans. Le retour des Etats-Unis au sein de l’Unesco tout en refusant que cette institution traite des enjeux culturels témoigne de l’âpreté de la bataille à venir.

Quelles sont les orientations à mettre en avant dans cette bataille sur le statut des industries culturelles ? Convaincre que la communication qui porte sur des valeurs n’est pas une marchandise. Affirmer que les industries de la culture et de la communication ne sont pas un facteur de diversité culturelle. Faire valoir en conséquence la nécessité de réguler la communication alors que 5 pays seulement ont un service public. En définitive l’enjeu est de promouvoir une « cohabitation culturelle » c’est à dire de savoir « apprivoiser » l’autre par le respect mutuel que l’on se porte mutuellement..

Maurice Braud Da ns cette bataille pour réguler la mondialisation nous disposons d’un outil essentiel avec l’Internationale socialiste. A son prochain congrès à Sao Paulo elle devra s’affirmer comme un acteur de la société civile internationale. Nous disposons parallèlement d’une base de réflexion théorique solide avec les rapports Brandt, Gruntland ou encore les notes de la fondation Jean Jaures. Nous avons enfin montré notre capacité quand nous étions aux Affaires de réformer la coopération française au développement avec la création de l’Agence française du Développement. Nous avons su faire de l’Europe un levier de notre politique.

Nous devons aussi comprendre le mouvement alter mondialisation comme un travail de recomposition à gauche du PS qu’il s’agit non d’ignorer mais « d’accompagner » si nous affirmons notre capacité de revenir aux Affaires. Cela suppose de travailler sur les interpellations de ce mouvement. Ce dernier répond à un besoin de sens, tandis que notre action gouvernementale n’a pas été forcément « visible». Il a montré sa capacité militante à faire apparaître les grands enjeux internationaux derrière les conflits locaux. Il nous invite à remettre la question démocratique au sein d’organismes comme l’ONU ou l’Union Européenne. Il peut poser enfin des questions «qui font mal» par exemple sur notre capacité passée d’assumer nos choix par exemple européens. C’est pourquoi nous ne pouvons pas faire semblant de découvrir aujourd’hui les critères de convergence européens quand ils sont les conditions nécessaires du vivre ensemble auxquelles nous avons souscrit.

Ce document est une prise de note de la séance plénière du matin réalisée pour la section 15ème – Convention.

Contactez la Fédération de Paris du Parti socialiste

Vous avez une question sur notre projet ? Vous voulez nous rejoindre, ou simplement vous informer ? Vous pouvez nous poser toutes vos questions ici !

En cours d’envoi

Abonnez-vous à la lettre d’information


Boîte à outils

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?