Stationnement – lettre ouverte à Danielle Simonnet

Emmanuel Grégoire

Madame Danielle Simonnet,

Il nous arrive fréquemment d’échanger au Conseil de Paris et j’ai souvent mesuré que vos excès de colère étaient le fait d’une méconnaissance réelle des sujets dont vous parlez. J’ai bien lu le texte de la pétition que vous avez initiée et j’y ai relevé plusieurs erreurs flagrantes qui sont de nature à altérer votre jugement, voire à induire en erreur les signataires. Vous me permettrez donc de vous apporter quelques compléments d’informations.

« La Mairie de Paris envisage de privatiser la verbalisation du stationnement. Elle voudrait qu’une entreprise privée ou une société d’économie mixte fasse le travail des 600 agents de surveillance de la Ville de Paris qui dépendaient de la Préfecture de Police et que la ville veut affecter à d’autres missions. »

Tout d’abord, il ne s’agit pas de 600, mais de 1 600 ASP, aujourd’hui sous l’autorité du Préfet de Police. Notre volonté est de pérenniser ces emplois publics, en les rattachant directement à la Ville et en proposant à ces agents des missions plus valorisantes, avec davantage de possibilités d’évolution de carrière.

Aujourd’hui, ces agents se consacrent à la délivrance de PV sur les pare-brise, une tâche répétitive et peu enthousiasmante, pour laquelle il existe d’ailleurs des solutions automatisées qui ont prouvé leur efficacité.

Demain, ces agents seront affectés à des missions prioritaires pour les Parisiens : le contrôle du stationnement « gênant » (voitures dans les couloirs de bus ou sur les passages piétons, en double-files, qui contribuent à créer des bouchons et des nuisances pour tous) ; la lutte contre les incivilités qui polluent la vie des citoyens au quotidien (dépôts d’ordures, épanchements d’urine, jets de mégots, nuisance sonores, police de circulation pour permettre de mieux faire respecter les règles), etc…

Autant de missions valorisantes de service public, qui permettront à ces agents de faire appel à leur sens du contact humain, du dialogue et de la médiation. Les 100 premiers ASP, arrivés à la Ville en septembre sur la base du volontariat, accueillent d’ailleurs ces perspectives avec beaucoup d’enthousiasme.

“Pourquoi ? Pour mieux remplir les caisses de la ville… La ville espère collecter ainsi 300 millions d’euros et compenser en partie la baisse des dotations budgétaires de l’Etat à la collectivité parisienne, austérité oblige ! Elle pense qu’en externalisant, l’incitation à un rendement sera plus efficace…”

Oui, nous espérons effectivement augmenter les ressources de la Ville, plutôt que d’augmenter les impôts ou de réduire le service public. Est-ce si anormal de demander aux usagers de payer pour le service dont il bénéficie ? Accepterions-nous que 90% des usagers ne paient pas la cantine des enfants, les cours au conservatoire, les entrées des piscines ? Préféreriez-vous que l’on demande aux Parisiens, par leurs impôts locaux, de payer l’entretien de ces places de stationnement utilisées par les automobilistes ?

Lutter contre les infractions au stationnement, c’est la même philosophie que la lutte contre la fraude fiscale, c’est se battre pour une juste contribution au service public. C’est également grâce aux nouveaux mécanismes d’incitation au paiement que nous allons mettre en place, que nous pourrons améliorer le taux de rotation des véhicules, et donc aider les automobilistes – en particulier ceux qui se déplacent pour leur travail – à trouver plus vite une place pour se garer.

“Refusons la privatisation de ce qui doit rester une fonction régalienne qui ne devrait pas échapper à l’État (Préfecture de Police) pour être confiée à la collectivité. Et ce n’est pas à une entreprise privée qui cherchera à dégager du profit  d’accomplir cette tâche !”

Vous faites encore une fois erreur : il ne s’agit ni d’une privatisation, ni d’une fonction régalienne. La Ville gardera la pleine maîtrise de sa politique de stationnement, elle ne fera que déléguer le contrôle du paiement. La Ville continuera à fixer les tarifs des places, celui des amendes, et à percevoir directement les recettes. Je vous rappelle au passage que le contrôle du stationnement est déjà une compétence des communes partout en France depuis très longtemps – sauf à Paris où elle est exercée à titre dérogatoire par la Préfecture de Police, point que nous comptons modifier dans le cadre du projet de loi sur la réforme du statut de Paris. Cette gestion du stationnement par les Villes va même s’accentuer puisqu’à partir du 1er janvier 2018, les amendes seront municipalisées, les Villes pourront alors fixer librement leur montant.

“Quelle garantie qu’elle ne soit pas sous la pression des maires, des demandes de passe-droits pour faire sauter les PV de certains ?”

Demain, les Maires d’arrondissements n’auront pas plus la possibilité de faire « sauter les PV ». Les entreprises gestionnaires devront utiliser un outil commun de gestion, qui garantira transparence et équité. Chaque citoyen aura les mêmes droits, mais aussi les mêmes devoirs.

“Il faut faire respecter la réglementation du stationnement et réduire la voiture dans l’espace public pour lutter contre la pollution. Mais ça ne passe pas par la privatisation de la verbalisation du stationnement !”

Vous évoquez deux sujets différents. Vous êtes d’accord avec nous sur le fait qu’il faut mieux faire respecter la réglementation du stationnement et donc qu’il faut beaucoup plus de contrôles. Mais vous contestez l’externalisation au secteur privé. En la matière, nous avons une philosophie simple à la ville : par principe nous privilégions chaque fois que cela est possible la mise en œuvre des services publics en régie. Parfois, les analyses techniques nous conduisent par pragmatisme à identifier qu’il est dans l’intérêt des usagers, de la Ville et des agents de privilégier une externalisation.

Vous vous opposez systématiquement à ces externalisations « par principe » – j’aurais plutôt tendance à dire « par dogmatisme » – renonçant ainsi à admettre l’opportunité que cela représente pour les usagers, la Ville, mais aussi pour les agents qui pourront s’épanouir davantage dans des missions plus adaptées à leurs attentes et aux besoins.

Exclure comme vous le faites toute collaboration avec le secteur privé est aussi caricatural que le discours de certains à droite qui font systématiquement un procès en improductivité et en inefficacité aux agents publics, et qui plaident à tort pour tout externaliser.

J’ose le dire : votre démarche est de la pure démagogie. Comment les collectivités territoriales pourraient-elles sérieusement travailler et avancer au service du bien commun sans une collaboration intelligente et exigeante avec le secteur privé ? La vraie exigence démocratique est précisément de le faire en toute transparence, avec des règles contractuelles claires et la possibilité de procéder à des évaluations détaillées, sous le contrôle effectif des élus et des citoyens.

Je sais l’époque féconde pour les idées simplistes et les effets de tribune, mais il n’est pas interdit de vouloir débattre avec sérieux et respect réciproque. Je formule ce vœu optimiste car je sais Madame Simonnet que beaucoup de combats nous réunissent et nous réuniront encore demain.

Cordialement.

Emmanuel Grégoire, premier secrétaire de la fédération PS de Paris.

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